Étiquette : réglementation

  • Décret Éco Énergie Tertiaire : pourquoi les blanchisseries sont structurellement hors cadre

    La contestation ne faiblit pas. La Fédération Française des Pressings et Blanchisseries (FFPB), aux côtés de 19 organisations du commerce, a engagé un recours contentieux devant le Conseil d’État contre le dispositif Éco Énergie Tertiaire.

    En cause : des objectifs énergétiques jugés non seulement inatteignables… mais surtout inadaptés à la réalité des activités à forte intensité de process, comme la blanchisserie industrielle.

    Une mobilisation rare… et révélatrice

    Dans leur communiqué commun, les organisations dénoncent des « seuils inaccessibles » fixés par l’arrêté du 1er août 2025 . Le cadre est connu :

    • bâtiments tertiaires > 1 000 m² (bientôt 500 m²)
    • réduction de consommation de –40 % en 2030, –50 % en 2040, –60 % en 2050

    Mais ce qui pose problème, ce n’est pas l’objectif. C’est la manière de le mesurer.

    Le biais majeur : raisonner en m² pour une activité… qui fonctionne en tonnes

    Le décret repose sur un indicateur simple : kWh/m²/an.

    Or, dans une blanchisserie industrielle, ce ratio n’est pas le bon prisme. La fiche technique officielle du ministère le reconnaît elle-même : la consommation énergétique est directement corrélée… à la production de linge. « Une relation liant la consommation d’énergie […] à la production peut être mise en évidence ». Et cette relation est même quantifiée : Conso process = 1 127 × P (tonnes de linge traitées)

    Autrement dit : plus une blanchisserie est performante et produit, plus elle consomme… mécaniquement.

    On est donc face à un paradoxe structurel : le décret pénalise potentiellement les sites les plus productifs.

    Une réalité énergétique très éloignée des seuils réglementaires

    Le président de la FFPB, Olivier Risse, le souligne sans détour : « Le ministère a retenu la valeur de 547 kWh/m²/an, sachant que la moyenne se situe à environ 1200 kWh/m²/an »

    La fiche ministérielle confirme implicitement cet écart.

    Pour une blanchisserie “type” :

    • 1 073 kWh/m²/an rien que pour le process lavage/séchage/finition
    • soit plus de 99 % de la consommation totale

    À cela s’ajoutent :

    • éclairage
    • eau chaude sanitaire
    • CVC (relativement marginal)

    Conclusion : la consommation d’un site de blanchisserie est massivement dominée par son activité industrielle, pas par son bâtiment.

    Le point aveugle du décret : les “process”

    C’est le cœur du recours. « La FFPB réclame l’exclusion des consommations “process de travail” » Et pour cause : dans une blanchisserie, le process représente quasi toute l’énergie consommée.

    La fiche technique est explicite :

    • tunnels de lavage
    • séchoirs
    • calandres
    • chaudières

    Ces équipements structurent la consommation énergétique (ex : tunnels à 89 kW de puissance unitaire, chaudière à 772 kW). Or, le décret les traite… comme un simple usage parmi d’autres.

    Une mécanique qui ignore l’intensité d’usage

    Autre point critique : l’intensité d’exploitation.

    Le cadre réglementaire prévoit bien des modulations (heures d’ouverture, production), mais elles restent secondaires. Or, la réalité terrain est toute autre :

    • une blanchisserie peut fonctionner en 3×8, 6 jours sur 7
    • soit jusqu’à 7 488 heures annuelles

    soit près de 3 fois plus que le référentiel standard.

    Encore une fois, la performance opérationnelle devient un facteur… pénalisant.

    Une transition énergétique… déjà engagée par le secteur

    C’est là que le débat devient intéressant. Car contrairement à l’image parfois véhiculée, les blanchisseries ne partent pas de zéro.

    La fiche identifie d’ailleurs plusieurs leviers déjà largement explorés par la profession :

    • récupération de chaleur sur process
    • optimisation des consommations d’eau
    • équipements plus performants
    • recours à des énergies alternatives (biogaz, etc.)

    Autrement dit : le secteur travaille déjà sur son efficacité énergétique… là où ça compte vraiment.

    Le vrai sujet : une erreur de classification

    Au fond, le problème n’est pas technique. Il est structurel.

    Le décret Éco Énergie Tertiaire traite les blanchisseries comme des bâtiments tertiaires alors qu’elles fonctionnent comme des outils industriels intensifs.

    Cette ambiguïté produit un effet mécanique : une réglementation pensée pour des bureaux… appliquée à des usines.

    Une question désormais centrale pour la filière

    La décision du Conseil d’État sera déterminante.

    Mais au-delà du contentieux, une question stratégique émerge pour la profession : faut-il continuer à intégrer la blanchisserie dans le périmètre tertiaire… ou reconnaître pleinement sa dimension industrielle dans les politiques énergétiques ?

    Car derrière les seuils, c’est bien un modèle qui est en jeu : peut-on exiger une baisse uniforme de consommation… sans tenir compte de ce qui fait précisément l’activité ?


    Décret Éco Énergie Tertiaire : comprendre le décalage en 5 points

    Le décret Éco Énergie Tertiaire appliqué aux blanchisseries industrielles pose une question centrale : celle de l’adaptation des politiques énergétiques aux réalités des process.

    1. Un indicateur mal calibré
    Le décret raisonne en kWh/m²/an, alors que la performance d’une blanchisserie dépend avant tout de sa production (tonnes de linge traitées).

    2. Une consommation dominée par le process
    Dans une blanchisserie industrielle, jusqu’à 99 % de l’énergie est liée au lavage, séchage et finition .
    👉 Le bâtiment (chauffage, éclairage) est marginal.

    3. Une équation simple… mais ignorée
    La consommation suit une logique industrielle :
    👉 1 127 kWh par tonne de linge traitée
    ➡️ Plus on produit, plus on consomme — mécaniquement.

    4. Des objectifs décorrélés du terrain
    Le seuil cible évoqué (~547 kWh/m²/an) est deux fois inférieur aux moyennes observées dans le secteur.
    👉 Même des sites performants risquent d’être non conformes.

    5. Un risque paradoxal pour les acteurs engagés
    Des blanchisseries ayant investi (récupération de chaleur, optimisation eau/énergie…) pourraient être pénalisées malgré leurs efforts, faute de prise en compte du process.

  • Tout savoir sur l’interdiction progressive des PFAS

    Tout savoir sur l’interdiction progressive des PFAS

    Face aux risques sanitaires et environnementaux associés aux substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (PFAS), la loi n° 2025-188 du 27 février 2025 instaure de nouvelles mesures de protection. Cette réglementation prévoit l’interdiction progressive de certains produits contenant des PFAS dès le 1ᵉʳ janvier 2026. Comment anticiper dès à présent ces évolutions pour adapter vos pratiques et vos gammes de produits ? On fait le point.

    Que sont les PFAS ?

    Les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) forment une famille de plusieurs milliers de composés chimiques utilisés dans de nombreux produits pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes ou résistantes à la chaleur. On les retrouve notamment dans les textiles ou certains produits industriels.

    Ces substances sont qualifiées de « polluants éternels » car elles se dégradent très peu dans l’environnement. Elles peuvent s’accumuler dans les organismes vivants et sont aujourd’hui détectées dans l’air, l’eau et les sols.

    PFAS : quelle réglementation en France et en Europe ?

    Au niveau européen

    La réglementation européenne encadre déjà certaines substances de la famille des PFAS via le règlement REACH (enregistrement, évaluation, autorisation et restriction des substances chimiques). Plusieurs composés comme l’acide perfluorooctanoïque (PFOA), l’acide perfluorooctanesulfonique (PFOS) ou l’acide perfluorohexane sulfonique (PFHxS) sont restreints ou interdits dans certains usages.

    En janvier 2023, cinq pays européens, dont la France, ont proposé une restriction plus large de l’ensemble des PFAS. Cette proposition est en cours d’examen par l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA).

    En France

    Le plan d’action national sur les PFAS, publié en janvier 2024, prévoit des mesures de réduction, de surveillance et de substitution des PFAS dans les produits de consommation et les procédés industriels.

    La loi du 27 février 2025 vient concrétiser ces engagements, notamment par des interdictions progressives de mise sur le marché de produits contenant des PFAS.

    PFAS : quels produits seront interdits en 2026 et 2030 ?

    À compter du 1ᵉʳ janvier 2026, seront interdits à la fabrication, à l’importation, à l’exportation et à la mise sur le marché des produits suivants contenant des PFAS :

    • cosmétiques,
    • farts (revêtement sous les skis),
    • vêtements, chaussures et leurs imperméabilisants (excepté les vêtements et chaussures de protection, comme ceux des militaires ou des pompiers).

    Cette interdiction sera étendue au 1ᵉʳ janvier 2030 à tous les textiles (d’ameublement, par exemple) contenant des PFAS (sauf exceptions, comme les textiles techniques à usage industriel, qui seront listés par décret).

    Ces interdictions ne concerneront pas les produits contenant seulement des traces de PFAS. Des seuils de concentration résiduelle seront définis par décret.

    Un contrôle et des sanctions administratives en cas de violations des nouvelles interdictions posées par la loi sont prévus.

    Si votre entreprise est concernée, une anticipation dès aujourd’hui est donc essentielle, afin d’adapter votre offre et votre conformité réglementaire.

    Comment bien vous préparer en tant qu’entreprise ?

    Voici les principales étapes pour anticiper les futures interdictions et adapter votre activité :

    • Identifier les substances concernées : réalisez un inventaire précis de la présence de PFAS dans vos produits, matières premières et procédés de fabrication.
    • Rechercher des alternatives : explorez des substituts plus respectueux de la santé et de l’environnement. Le plan national encourage le développement de solutions innovantes.
    • Surveiller vos rejets : mettez en place des dispositifs de contrôle des émissions de PFAS, en conformité avec la réglementation sur les installations classées (ICPE).
    • Former vos équipes : informez vos collaborateurs sur les obligations réglementaires et les bonnes pratiques pour une transition sans rupture.
    • Suivre les échéances : gardez à l’esprit les dates clés de 2026 et 2030 pour mettre en œuvre vos changements à temps.

    Source : ministère de l’Economie